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Saisons #saisons#hiver#travaux agricoles

Que font les agriculteurs en hiver ? Les coulisses de décembre à février

Entre tailles, labours, semis d'hiver et entretien du matériel, l'hiver est loin d'être une saison morte pour les paysans français.

Tracteur travaillant un champ sous un ciel hivernal brumeux en France

L’hiver : une saison de repos ? Loin s’en faut

Quand les champs paraissent nus et que le froid s’installe, beaucoup imaginent les agriculteurs au chaud, attendant que le printemps revienne. La réalité est bien différente. L’hiver est une saison de transition intense, où chaque filière a ses propres rythmes et ses propres urgences.


Les grandes cultures : le temps du blé en dormance et des labours

Dans les plaines céréalières, le blé semé en octobre-novembre est en dormance hivernale. Il pousse lentement, ses racines s’ancrent, mais le végétal ne dépasse guère quelques centimètres. L’agriculteur surveille l’état de ses parcelles : risque de gel (le blé supporte -15°C mais pas les gelées en période de dégel), maladies fongiques, présence de limaces.

C’est aussi la saison des labours d’automne pour les parcelles qui recevront du maïs ou des betteraves au printemps. Le sol gelé-dégelé se fragmente naturellement, ce qu’on appelle le ressuyage hivernal : un travail que fait le froid à la place du tracteur. Les agriculteurs en profitent également pour épandre du fumier ou du compost sur les parcelles, avant que les règles d’épandage ne changent au 1er février.


L’élevage bovin : la rentrée à l’étable

Pour les vaches laitières et allaitantes, l’hiver signifie la rentrée en bâtiment (ou à l’étable). Dès novembre et jusqu’en mars-avril selon les régions, les bovins quittent les pâtures. L’éleveur devient alors un organisateur logistique :

  • Alimentation quotidienne : distribuer du foin, de l’ensilage, des céréales, parfois des compléments minéraux. Une vache laitière haute production mange 50 à 70 kg de matière fraîche par jour.
  • Paillage et entretien : changer la litière régulièrement pour le bien-être animal et éviter les maladies de pattes.
  • Surveillance des vêlages : beaucoup d’éleveurs programment les vêlages en hiver pour que les veaux naissent à l’abri. Les nuits de vêlage demandent parfois d’être debout à 3h du matin.
  • Gestion du lisier : avec les bêtes à l’intérieur, les fosses à lisier se remplissent. L’épandage est réglementé en période hivernale.

L’arboriculture : la grande taille des vergers

En arboriculture, l’hiver est la saison la plus laborieuse de l’année : la taille des arbres. Dès que les feuilles sont tombées (novembre) et jusqu’à fin février, les arboriculteurs passent des semaines entières dans leurs vergers, sécateur et cisailles en main.

Pourquoi tailler en hiver ? Parce que l’arbre est en repos végétatif : il ne “saigne” pas de sève, les plaies cicatrisent mieux, et on voit mieux la structure des branches sans le feuillage. La taille détermine la forme future de l’arbre, la quantité de fruits produits, et leur qualité. C’est un acte technique qui demande des années d’expérience : tailler trop court ou trop long, c’est une récolte ratée.

Dans les vignobles, c’est la même logique : la taille de la vigne (en Guyot, en gobelet, en cordon de Royat selon les régions) est réalisée entre décembre et mars. Un vigneron taille lui-même parfois plusieurs hectares à la main, ou fait appel à des équipes saisonnières. La taille de la vigne est d’ailleurs l’une des tâches les plus éprouvantes physiquement — dans le froid, courbé sur les ceps.


La volaille : les poulets ne connaissent pas les saisons

Dans les élevages de volaille (poulet, dinde, canard), les saisons comptent peu : la production est organisée en bandes qui se succèdent toute l’année. En hiver, l’éleveur surveille surtout la ventilation des bâtiments : l’humidité et l’ammoniac s’accumulent plus facilement quand les fenêtres restent fermées.

Le vide sanitaire (nettoyage et désinfection complet du bâtiment entre deux bandes) tombe parfois en hiver. C’est une période de travail intense — et aussi un moment de répit relatif pour l’éleveur, avant l’arrivée des prochains poussins.


Le grand entretien du matériel

Quand les chantiers se font plus rares dehors, l’hiver est le moment de réviser les machines. Tracteurs, moissonneuses-batteuses, pulvérisateurs, semoirs : chaque pièce est inspectée, nettoyée, graissée. Les pannes au moment des semailles ou des moissons peuvent coûter plusieurs milliers d’euros par jour de retard.

C’est aussi la saison des formations, des salons (le Salon International de l’Agriculture à Paris en février), et des réunions de coopérative. L’agriculteur met à jour ses dossiers administratifs, dépose ses demandes de subventions PAC, et planifie la prochaine campagne.


L’hiver : un temps pour penser

Dans un métier où le rythme est dicté par la nature, l’hiver est souvent le seul moment où l’agriculteur peut prendre du recul. Analyser les résultats de l’année, réfléchir à de nouvelles cultures, rencontrer ses pairs, passer du temps en famille. C’est la saison la moins médiatisée de l’agriculture — et pourtant, sans elle, le printemps ne serait pas prêt.

Sources

  • Chambres d'agriculture de France — Calendrier des travaux, 2024
  • Institut de l'Élevage — Pratiques hivernales en élevage bovin, 2023
  • Agreste — Statistiques saisonnières, 2024
Rédigé par Marie Fontaine

L'équipe Agri-découverte est composée de passionnés d'agriculture, de journalistes spécialisés et de conseillers agricoles. Nos contenus sont vérifiés par des sources officielles (Agreste, FranceAgriMer, INRAE).

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