Le kiwi de l'Adour, une production qui s'effondre
La France est le 3e producteur européen de kiwi, une filière née il y a 40 ans dans le Sud-Ouest. Mais la production du bassin de l'Adour a chuté d'environ 75 % depuis 2012, à cause du dérèglement climatique.
Un fruit qu’on n’imagine pas français
Le kiwi évoque souvent la Nouvelle-Zélande, son pays d’origine commerciale. Pourtant, la France en est aujourd’hui le 3ᵉ producteur européen et le 6ᵉ mondial, selon les chiffres Agreste relayés par le ministère de l’Agriculture. En 2025, la production française a atteint 54 748 tonnes — un volume qui place ce fruit exotique, arrivé en France il y a seulement une quarantaine d’années, parmi les productions fruitières à part entière du pays, aux côtés des filières plus anciennes de l’arboriculture française.
Le Sud-Ouest, berceau d’une filière jeune
L’essentiel de cette production vient d’une seule zone : le bassin de l’Adour, entre Landes, Gers et Pyrénées-Atlantiques. Les premiers vergers y ont été plantés il y a une quarantaine d’années, et la filière s’est structurée rapidement : le Kiwi de l’Adour obtient le Label Rouge dès 1992, puis une Indication géographique protégée (IGP) en 2009. Aujourd’hui, plus de 350 producteurs cultivent ce fruit dans la région, qui reste de loin le premier bassin de production français.
C’est une filière jeune comparée aux grandes traditions fruitières françaises — la pomme, la poire, la vigne — mais qui s’est imposée en quelques décennies comme un symbole économique du territoire, porté par une double reconnaissance de qualité rare pour un fruit encore exotique aux yeux de beaucoup de consommateurs.
Une production qui s’effondre depuis 2012
Derrière cette réussite, la filière traverse une crise sévère. Selon France Bleu / ici.fr, la production du bassin de l’Adour est passée d’environ 22 000 à 22 800 tonnes en 2012 à seulement 6 000 tonnes en 2025 — un recul d’environ 75 % en un peu plus de dix ans. France Sud-Ouest confirme cette tendance et pointe une année 2026 particulièrement éprouvante : pluies hivernales interminables, vagues de chaleur à répétition, et un épisode de grêle dévastateur dans la nuit du 23 août qui a encore fragilisé des vergers déjà affaiblis.
| Période | Production bassin de l’Adour | Évolution |
|---|---|---|
| 2012 | ~22 000 à 22 800 tonnes | Référence |
| 2025 | ~6 000 tonnes | Environ -75 % |
Les professionnels de la filière décrivent des plants qui souffrent et dépérissent en nombre depuis plusieurs années. En cause, selon eux : un enchaînement d’épisodes climatiques extrêmes — pluies torrentielles, périodes de chaleur prolongées — qui perturbe un arbre fruitier historiquement peu habitué à de tels écarts dans cette région.
Pourquoi le kiwi est particulièrement vulnérable
Le kiwi est une liane fruitière originaire de climats plus stables, avec des besoins précis en eau et en température à chaque étape de son cycle — floraison, nouaison, grossissement du fruit. Un excès d’eau au mauvais moment peut asphyxier les racines et favoriser les maladies fongiques, tandis qu’une chaleur intense pendant la floraison réduit la fécondation et donc le nombre de fruits qui se forment. La combinaison des deux, sur plusieurs années consécutives comme cela semble être le cas dans l’Adour depuis 2012, fragilise durablement les plants plutôt que de simplement réduire une récolte ponctuelle.
Cette vulnérabilité climatique n’est pas un cas isolé dans l’arboriculture française : elle rappelle que des cultures relativement récentes, sans le même bagage variétal séculaire que la vigne ou le pommier, disposent souvent de moins de marge d’adaptation face à des dérèglements rapides. La viticulture française traverse d’ailleurs des tensions climatiques comparables, avec l’avantage d’un patrimoine variétal et d’un savoir-faire d’adaptation vieux de plusieurs siècles — un luxe qu’une filière jeune comme le kiwi n’a pas encore eu le temps de construire.
Une filière qui cherche à se réinventer
Face à cette baisse durable, les producteurs de l’Adour ne restent pas immobiles. Plusieurs pistes sont explorées localement : des variétés de kiwi plus tolérantes à la chaleur et à l’excès d’eau, des systèmes de protection des vergers contre la grêle et les excès de pluie, ou encore une meilleure gestion de l’irrigation pour limiter le stress hydrique aux moments critiques du cycle. Ces adaptations demandent du temps et des investissements, dans une filière où les arbres mettent plusieurs années à entrer en pleine production — contrairement à une culture annuelle qui peut changer de variété d’une saison à l’autre.
Une production qui ne couvre pas toute la demande française
Même en année normale, la production française ne suffit pas à couvrir la consommation nationale de kiwis à longueur d’année. Selon Made in FR, la France cultive environ 3 900 hectares de kiwi, concentrés dans le Sud-Ouest, pour une production moyenne proche de 50 000 tonnes sur les trois dernières années — mais les kiwis vendus en supermarché viennent aussi massivement de l’étranger : en 2024, la Nouvelle-Zélande représentait 59,2 % des importations françaises de kiwis frais, devant l’Italie (18,1 %). Le kiwi français couvre surtout l’automne et le début de l’hiver, période de récolte et de conservation, tandis que le reste de l’année s’appuie sur les productions de l’hémisphère sud puis d’Italie et de Grèce. Une production française en baisse durable signifie donc, mécaniquement, une dépendance accrue à ces importations pendant la saison où le fruit devrait normalement être local.
Ce qu’on retient
En quarante ans à peine, le kiwi est passé du statut de curiosité exotique à celui de véritable filière fruitière française reconnue, avec un Label Rouge, une IGP et plus de 350 producteurs installés durablement dans le Sud-Ouest. Mais cette réussite reste fragile : la production du bassin de l’Adour a perdu environ trois quarts de son volume depuis 2012, sous l’effet d’un climat de plus en plus instable et imprévisible d’une année sur l’autre. La filière doit désormais se réinventer en profondeur — variétés plus résistantes, techniques de protection des vergers, meilleure gestion de l’eau — pour espérer préserver ce savoir-faire encore jeune face à des saisons climatiques de plus en plus difficiles à anticiper pour les producteurs.
À savoir : le Kiwi de l’Adour est, avec sa double certification Label Rouge et IGP, l’un des rares kiwis au monde à bénéficier d’une reconnaissance officielle de qualité liée à son terroir d’origine.
Sources
- Agreste, via Ministère de l'Agriculture — C'est de saison : le kiwi
- Chambre d'agriculture France — La production de kiwis en France
- France Bleu / ici.fr — Kiwis de l'Adour, la filière doit se réinventer pour faire face au réchauffement climatique
- France Sud-Ouest — Kiwis de l'Adour : une année sous le signe du dérèglement climatique
- Made in FR — Le marché du kiwi en France
Les contenus d'Agri-découverte sont écrits avec un objectif de pédagogie et de vérification systématique : chaque chiffre s'appuie sur une source officielle (Agreste, FranceAgriMer, INRAE).
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