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Viticulture #cépages résistants#vigne#mildiou

Cépages résistants : ces vignes qui tiennent tête au mildiou

Floréal, Vidoc, Souvignier gris… Plus de 3 100 hectares de vignes résistantes au mildiou et à l'oïdium sont plantés en France. Comment ces cépages permettent de réduire fortement les traitements.

Grappe de raisins verts encore jeunes suspendue à un cep de vigne, entourée de larges feuilles vertes dentelées, photographiée en gros plan à la lumière du jour

Chaque printemps, les vignerons scrutent la météo avec une inquiétude bien précise : une pluie chaude, et le mildiou peut s’installer sur les feuilles. Pour protéger leurs vignes, ils doivent traiter régulièrement. Mais depuis quelques années, une autre solution prend racine dans les vignobles français : des cépages capables de se défendre eux-mêmes contre les deux grandes maladies de la vigne.


Mildiou et oïdium, les deux ennemis jurés de la vigne

Pour comprendre l’intérêt de ces nouvelles vignes, il faut d’abord connaître leurs adversaires. Le mildiou et l’oïdium sont deux maladies causées par des micro-organismes qui attaquent les feuilles et les grappes. Le mildiou aime l’humidité et la chaleur, l’oïdium se reconnaît à sa fine poudre blanche. Sans protection, ils peuvent faire perdre une grande partie de la récolte.

Les cépages traditionnels comme le merlot, le chardonnay ou le cabernet sauvignon sont très sensibles à ces maladies. Résultat : les vignerons, en agriculture conventionnelle comme en bio (avec du cuivre et du soufre), doivent multiplier les traitements.

Selon l’expertise scientifique collective menée par l’INRA et le Cemagref sur les pesticides, la vigne occupe environ 3 % de la surface agricole mais concentre près de 20 % des produits phytosanitaires utilisés. Une grande partie de ces traitements vise justement le mildiou et l’oïdium. D’où l’idée de s’attaquer au problème à la racine… ou plutôt dans les gènes de la plante.


Comment crée-t-on une vigne résistante ?

Des croisements, pas des OGM

Un cépage résistant n’est pas une plante modifiée en laboratoire. Il est obtenu par croisements classiques, comme on le fait depuis toujours pour créer de nouvelles variétés de pommes ou de blé. Les chercheurs croisent des cépages de qualité avec des vignes porteuses de gènes de résistance, puis sélectionnent pendant de longues années les descendants qui combinent bonne résistance et qualité du vin.

Selon l’IFV (Institut français de la vigne et du vin) et l’INRAE, les scientifiques ont aujourd’hui identifié 31 facteurs de résistance au mildiou et 15 contre l’oïdium. Parmi les plus utilisés, l’observatoire OSCAR cite les gènes Rpv1, Rpv3 ou Rpv10 contre le mildiou, et Run1, Ren3 ou Ren9 contre l’oïdium.

Empiler les gènes pour durer

La grande idée française, c’est le « pyramidage » : réunir plusieurs gènes de résistance dans une même vigne. Si le champignon parvient à contourner une barrière, les autres tiennent encore. C’est tout l’enjeu du programme ResDur (pour « résistance durable »), lancé au début des années 2000 par l’INRAE et l’IFV.

GénérationInscription au catalogueVariétés
ResDur 12018Artaban (rouge), Vidoc (rouge), Floréal (blanc), Voltis (blanc)
ResDur 2Fin 2021 – début 2022Coliris, Lilaro, Sirano (rouges), Selenor, Opalor (blancs)
ResDur 3Février 2026Taranis, Valpesia (rouges), Elaris, Florisia, Orellis, Serelis (blancs)

Sources : INRAE, IFV, Réussir Vigne.

Comme l’a rapporté Réussir Vigne, les six variétés ResDur 3 ont été inscrites au Catalogue officiel au Journal officiel du 20 février 2026, en même temps que cinq variétés issues d’un autre programme de sélection, baptisé Bouquet. Cette troisième génération associe trois gènes de résistance contre chacune des deux maladies.


Une progression rapide dans les vignobles

Ces cépages restent encore très minoritaires dans le vignoble français, mais leur surface grimpe vite. D’après les données FranceAgriMer reprises par Réussir Vigne, on comptait 1 208 hectares de variétés résistantes en 2021, puis 2 247 hectares en 2023, soit une hausse de 86 % en deux ans. Selon les Douanes, la surface atteint plus de 3 100 hectares en 2025, en progression de 12 % par rapport à 2024.

Deux variétés dominent largement. En 2023, le Floréal (un blanc issu du programme ResDur) couvrait 684 hectares et le Souvignier gris (une variété d’origine allemande) 651 hectares. Les cépages blancs représentaient alors 75 % des surfaces.

Côté géographie, le Languedoc-Roussillon fait figure de pionnier, avec 1 167 hectares en 2023, soit plus de la moitié des surfaces. Viennent ensuite la Vallée du Rhône-Provence (519 ha), le Sud-Ouest (187 ha), l’Aquitaine (150 ha) et le Val de Loire-Centre (116 ha).

Et dans les appellations ?

Longtemps, ces cépages étaient réservés aux vins sans indication géographique. Depuis 2018, l’INAO permet aux appellations d’expérimenter des « variétés d’intérêt à fin d’adaptation » (VIFA). Le principe : pendant dix ans, une appellation peut tester ces cépages dans la limite de 5 % des surfaces et 10 % de l’assemblage, sans les mentionner sur l’étiquette. Les Côtes du Rhône ont ainsi intégré le Floréal et le Vidoc à ce titre.


Moins de traitements, mais pas zéro

Un vrai gain pour l’environnement et les vignerons

Le résultat le plus parlant concerne les traitements. Selon la note technique nationale 2025 de l’observatoire OSCAR, planter des variétés résistantes permet une réduction moyenne de 80 % de l’indice de fréquence de traitement (IFT) fongicide. Cet indicateur mesure le nombre de doses de produits appliquées sur une parcelle au cours d’une saison.

Concrètement, d’après les données OSCAR relayées par Vitisphere, les parcelles suivies reçoivent en médiane 5 applications de fongicides par an, pour un IFT médian de 2,5. Moins de passages de tracteur, c’est aussi moins de carburant, moins de temps de travail et moins de tassement des sols.

Le mildiou s’adapte aussi

Mais la nature ne reste pas immobile. Le mildiou évolue, et certaines souches parviennent à contourner des résistances. Selon Vitisphere, l’observatoire OSCAR, qui suit 214 parcelles, a relevé trois parcelles touchées en 2024 dans la Vallée du Rhône, puis six nouvelles alertes en 2025 (trois dans la Vallée du Rhône, trois en Nouvelle-Aquitaine). Sont concernées des variétés comme l’Artaban, le Vidoc, le Cabernet Volos, le Muscaris ou le Souvignier gris.

C’est précisément pour cela que les chercheurs recommandent de ne pas abandonner complètement les traitements. Quelques interventions préventives et de bonnes pratiques (aération de la végétation, élimination des feuilles malades) limitent la multiplication du champignon et protègent la résistance sur le long terme. C’est aussi la raison d’être des nouvelles générations, qui empilent davantage de gènes.


Ce qu’on retient

Les cépages résistants ne sont pas une baguette magique, mais ils représentent l’une des pistes les plus concrètes pour réduire l’usage des fongicides dans les vignes. Issus de vingt ans de recherche publique française, ils gagnent du terrain chaque année, surtout dans le Sud. Leur avenir dépendra de deux choses : la qualité des vins qu’ils produisent, qui doit séduire les consommateurs, et la capacité des vignerons à préserver leurs résistances face à un mildiou qui ne cesse de s’adapter. Un défi qui s’ajoute à ceux du changement climatique et de la crise viticole que traverse la filière.

À savoir : la prochaine fois que vous croiserez un Floréal ou un Souvignier gris sur une étiquette, vous saurez qu’il s’agit d’un vin issu de vignes qui ont reçu beaucoup moins de traitements que la moyenne.

Sources

  • Réussir Vigne — Quelles sont les 10 variétés résistantes les plus plantées dans le vignoble français ? (mai 2025, données FranceAgriMer/Visionet) (https://www.reussir.fr/vigne/quelles-sont-les-10-varietes-resistantes-les-plus-plantees-dans-le-vignoble-francais)
  • Réussir Vigne — Onze nouvelles variétés résistantes au Catalogue officiel des plants de vigne (février 2026) (https://www.reussir.fr/vigne/onze-nouvelles-varietes-resistantes-au-catalogue-officiel-des-plants-de-vigne)
  • Vitisphere — Le mildiou contourne de nouvelles vignes résistantes (février 2026) (https://www.vitisphere.com/actualite-105987-le-mildiou-contourne-de-nouvelles-vignes-resistantes-il-faut-assurer-des-traitements-preventifs-et-des-methodes-prophylactiques.html)
  • INRAE / IFV — Observatoire national du déploiement des cépages résistants (OSCAR) (https://observatoire-cepages-resistants.fr/en/resistant-varieties/)
  • IFV Occitanie — Fiche pratique : les variétés résistantes (https://www.vignevin-occitanie.com/fiches-pratiques/les-varietes-resistantes/)
  • INRAE — Dossier « Quels vins demain ? » : la création variétale, une voie royale (https://www.inrae.fr/dossiers/quels-vins-demain/creation-varietale-voie-royale)
  • INRA-Cemagref — Expertise scientifique collective « Pesticides, agriculture et environnement », chapitre 2 (https://ecophytopic.fr/sites/default/files/2020-12/INRA_CEMAGREF_pesticides-2texte-utilisation.pdf)
  • Vinopôle — VIFA, les cépages de demain (https://www.vinopole.com/recherches-experimentations-vitivinicoles/changement-climatique/vifa-les-cepages-de-demain/)
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