Comment Halloween a fait exploser la filière courges en France
Potimarrons, butternuts, citrouilles Jack O'Lantern : la production française de courges a bondi de 75 % en dix ans. Enquête sur une filière dopée par une fête venue d'ailleurs.
Chaque année, à la même période, les étals se couvrent de potirons, butternuts et citrouilles orange vif. Ce n’est pas un hasard de calendrier : la production française de courges a littéralement explosé en une décennie, portée par un phénomène qu’on n’attendait pas dans les campagnes françaises — Halloween. Retour sur une filière de niche devenue un vrai relais de croissance pour le maraîchage.
Une production qui a bondi en dix ans
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon Agreste, la France a produit 250 123 tonnes de courges, potirons et citrouilles en 2025, contre environ 230 000 tonnes en 2024. Une progression continue depuis plus de dix ans : entre 2013 et 2023, la production française de ces cucurbitacées d’automne a augmenté de 75 %, et les surfaces cultivées ont doublé, passant d’environ 4 000 à près de 8 000 hectares.
Autre indicateur qui confirme la tendance : la consommation de courges a progressé de 20 % sur les trois dernières années, d’après un reportage de franceinfo consacré aux producteurs de citrouilles. Un rythme de croissance que peu de légumes français peuvent afficher aujourd’hui.
Le rôle moteur d’Halloween
Fête d’origine anglo-saxonne longtemps regardée avec circonspection en France, Halloween s’est progressivement enracinée dans les usages — et les maraîchers l’ont bien compris. Les citrouilles destinées à être sculptées, notamment la variété Jack O’Lantern, sont devenues un débouché commercial à part entière, distinct des courges destinées à la cuisine (potimarron, butternut, courge musquée).
Dans le reportage de franceinfo, l’exploitation vendéenne Boule d’Or illustre ce basculement : l’entreprise a récolté 400 tonnes de courges en un mois, dont une commande de 20 tonnes de citrouilles Jack O’Lantern passée par une enseigne de la grande distribution. Un signe que les acheteurs professionnels intègrent désormais Halloween dans leurs plans d’approvisionnement, au même titre que les fêtes de fin d’année pour le foie gras ou le saumon.
Concrètement, cela change la manière dont certains maraîchers organisent leurs cultures. Une partie de la surface est désormais réservée à des variétés choisies pour leur forme et leur couleur — la citrouille ronde et bien orange qui se sculpte facilement — plutôt que pour leur seule qualité gustative. C’est un cas assez rare dans le maraîchage français, où l’esthétique du légume devient un critère de production à part entière, au même titre que le rendement ou la résistance aux maladies.
La Provence, capitale française de la courge
La production française n’est pas répartie de manière homogène sur le territoire. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur concentre à elle seule plus de 40 % de la production nationale, avec environ 56 000 tonnes récoltées chaque année. Une manne estimée à près de 44,8 millions d’euros pour l’économie régionale, sur la base d’un prix moyen à la production autour de 0,80 €/kg.
Cette concentration géographique s’explique par un climat favorable aux cucurbitacées (chaleur estivale, bon ensoleillement pour la maturation) et par un tissu de maraîchers déjà spécialisés dans les légumes d’été et d’automne. D’autres bassins, plus modestes, se sont développés ces dernières années — notamment en Bretagne, où les surfaces consacrées au potimarron ont fortement progressé, porté par la demande croissante de la grande distribution pour ce format de courge, plus facile à conditionner qu’un gros potiron.
Cette diversification géographique n’est pas anodine : elle permet à la filière de mieux répartir le risque climatique. Une sécheresse ou un excès de pluie localisé en Provence ne compromet plus l’ensemble de l’approvisionnement national, puisque d’autres régions peuvent compenser une partie du volume. C’est une logique proche de celle observée dans d’autres filières de niche en pleine structuration, où la multiplication des bassins de production accompagne la croissance de la demande.
Un contraste frappant avec la courgette, sa cousine d’été
Toutes les cucurbitacées ne connaissent pas la même dynamique. La courgette, légume d’été de la même famille botanique, traverse au contraire une année 2025 difficile : Agreste évalue sa production nationale à 133 200 tonnes, en recul de 7 % par rapport à 2024. En cause, un printemps frais et peu lumineux suivi de vagues de chaleur estivales qui ont pénalisé les rendements — avec une baisse allant jusqu’à -17 % en Languedoc-Roussillon.
| Légume | Production 2025 | Évolution vs 2024 | Facteur principal |
|---|---|---|---|
| Courges, potirons, citrouilles | 250 123 tonnes | En hausse | Demande Halloween + cuisine |
| Courgette | 133 200 tonnes | -7 % | Aléas climatiques (printemps froid, canicules) |
Ce contraste montre bien qu’à l’intérieur d’une même famille de légumes, les trajectoires peuvent diverger fortement selon les usages de consommation et l’exposition aux aléas climatiques de la saison de production. La courgette se récolte et se vend en plein été, quand la chaleur peut aussi bien doper la demande que détruire une récolte en quelques jours de canicule ; les courges d’automne, elles, se conservent plusieurs mois après récolte, ce qui laisse aux producteurs davantage de marge pour lisser leurs ventes entre septembre et décembre.
Une culture qui reste accessible à de petites exploitations
Contrairement à d’autres productions maraîchères qui exigent des investissements lourds (serres chauffées, irrigation automatisée, stations de conditionnement), la culture de la courge reste relativement simple à mettre en œuvre. Elle demande peu d’intrants une fois les plants installés, tolère des sols moyens et se récolte à la main sur une période étalée, ce qui limite le besoin de main-d’œuvre saisonnière concentrée sur quelques jours — à la différence, par exemple, de la fraise ou de l’asperge.
Cette accessibilité explique en partie pourquoi de nombreux petits producteurs, notamment ceux qui pratiquent la vente directe ou les circuits courts, ont pu se positionner rapidement sur ce marché en expansion. Un potager d’un hectare peut ainsi dégager un revenu d’appoint non négligeable sur la seule période d’octobre, en vendant directement à la ferme ou sur les marchés de producteurs, sans passer par les circuits longs de la grande distribution.
Ce qu’on retient
La montée en puissance des courges d’automne illustre comment une pratique culturelle importée — fêter Halloween — peut créer un vrai débouché économique pour l’agriculture française, sans rogner sur les usages traditionnels du légume en cuisine. Potimarrons, butternuts et citrouilles se sont taillé une place durable dans les champs, portés à la fois par la gastronomie d’automne et par la déco de saison.
À savoir : une citrouille sculptée pour Halloween reste comestible — sa chair peut être cuisinée en soupe ou en purée, à condition de ne pas trop attendre après la découpe pour la consommer.
Sources
- Agreste — via agriculture.gouv.fr, "Courges et potirons, savoureux légumes d'automne" (2025)
- franceinfo — reportage "La citrouille d'Halloween, la bonne affaire de l'automne pour les producteurs de courges" (2025)
- Agreste — Infos rapides Courgette, campagne 2025
- Aquitaine Online — "Géopolitique de la citrouille", données régionales PACA
Les contenus d'Agri-découverte sont écrits avec un objectif de pédagogie et de vérification systématique : chaque chiffre s'appuie sur une source officielle (Agreste, FranceAgriMer, INRAE).
Voir tous ses articles →Dans la même thématique
Poireau : le secret de son fût blanc, caché sous la terre
Environ 150 000 tonnes de poireaux poussent chaque année en France. Derrière ce légume d'hiver se cachent un geste ancien, le buttage, quatre grands bassins et une petite mouche venue d'Alsace.
Chou-fleur breton : le légume qui se vend à l'enchère inversée
Près de 8 choux-fleurs français sur 10 poussent en Bretagne. Et la plupart sont vendus d'une manière unique : aux enchères, sur un cadran où le prix descend jusqu'à ce qu'un acheteur appuie sur le bouton.
Carotte : pourquoi elle pousse si bien dans le sable
Deuxième légume le plus acheté en France, la carotte vient surtout des sables des Landes, de Gironde et de la Manche. Voyage dans une filière discrète qui récolte presque toute l'année.
Commentaires
Chargement des commentaires…