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Arboriculture #pruneau d'Agen#prune d'Ente#arboriculture

Pruneau d'Agen : la canicule qui a brûlé les vergers

Onze jours au-dessus de 35 °C en juin 2026 : les vergers de prune d'Ente ont perdu fruits, feuilles et parfois des arbres. Plongée dans une filière 100 % Sud-Ouest qui cherche à s'adapter.

Grappe de prunes violettes bien mûres suspendue à une branche de prunier aux feuilles vertes, sur un fond de verger flou baigné de lumière douce

Le pruneau d’Agen est l’un des rares fruits séchés entièrement produits en France, de l’arbre au sachet. En juin 2026, une vague de chaleur hors norme a frappé ses vergers du Sud-Ouest, au point de brûler des feuilles, des branches, et pour la première fois de tuer des pruniers. Voici comment fonctionne cette filière discrète, et ce que cet été change pour elle.


Une prune, un four, un pruneau

Le pruneau n’est pas une variété de fruit : c’est une prune d’Ente séchée. Cette prune violette, sucrée et charnue, est cueillie à pleine maturité, puis lavée, triée par taille et étalée sur des claies. Les claies passent ensuite dans des fours appelés tunnels de séchage.

Selon le Bureau national interprofessionnel du pruneau (BIP), un seul passage d’environ 20 à 24 heures à 75 °C suffit à transformer la prune fraîche en pruneau. Le fruit perd alors une grande partie de son eau : il faut en moyenne 3 kg de prunes fraîches pour obtenir 1 kg de pruneaux, d’après la même source.

La récolte se déroule chaque année du début du mois d’août à la mi-septembre. C’est une période intense pour les 750 exploitations de la filière, qui doivent cueillir chaque fruit au bon moment puis l’acheminer rapidement vers les séchoirs. En 2026, d’après Réussir, les variétés précoces ont ouvert le bal la semaine du 10 août, suivies la semaine du 17 août par la prune d’Ente « 707 ».

Fruit de bouche ou usage industriel

Tous les fruits ne finissent pas en sachet. Le BIP explique que les prunes abîmées par la grêle ou le vent, qui ne peuvent pas être vendues comme « fruits de bouche », sont valorisées autrement : en crème de pruneau ou en jus de pruneau par exemple. Une partie de la valeur est ainsi sauvée, même lors des mauvaises années. Le pruneau reste par ailleurs un ingrédient de nombreuses recettes régionales, du far breton au pounti auvergnat en passant par les rissoles aveyronnaises, rappelle l’interprofession.


Une filière concentrée dans le Lot-et-Garonne

Le pruneau d’Agen bénéficie d’une Indication géographique protégée (IGP) depuis 2002. Son aire de production couvre six départements du Sud-Ouest, mais l’un d’eux domine très largement : d’après le BIP, le Lot-et-Garonne représentait 79 % de la production IGP en 2024, loin devant le Tarn-et-Garonne et la Dordogne.

Voici les principaux chiffres de la filière publiés par le BIP en juillet 2025 :

IndicateurValeur
Surface de pruniers d’Ente dans l’aire IGP10 500 hectares
Exploitations agricoles IGP750
Entreprises de transformation48
Emplois directs et indirects10 000
Part des vergers en agriculture biologique20 %
Part de la production destinée à l’export25 %
Rang mondial de la France3ᵉ producteur de pruneaux

Le BIP, installé à Villeneuve-sur-Lot, réunit les deux maillons de la filière : les producteurs et les transformateurs. C’est lui qui suit les volumes et coordonne les projets collectifs, comme les campagnes de promotion ou le travail d’adaptation au climat.


Des récoltes de plus en plus irrégulières

Le prunier d’Ente est un arbre exposé : son fruit reste sur l’arbre tout l’été, à la merci du gel au printemps, de la grêle, puis de la chaleur. Les dernières années l’ont montré de façon brutale.

AnnéeRécolte de pruneauxPrincipal aléa
202037 765 tonnes—
202116 400 tonnesGel de printemps (environ 70 % de la récolte détruite)
202430 500 tonnes (dont 26 750 certifiables IGP)Orages, grêle
202527 510 tonnesOrages de mai et juin, grêle, coups de soleil
2026Prévision : 30 à 50 % de pertesCanicule de juin

Sources : Terre-net/AFP d’après le BIP (2020-2021), BIP (2024), Réussir d’après le BIP (2025-2026).

En 2022 déjà, un nouvel épisode de gel avait fait chuter les températures jusqu’à -7 °C en Lot-et-Garonne début avril, et l’interprofession craignait alors une récolte inférieure à 9 000 tonnes, rapportait Terre-net. Dans son communiqué de juillet 2025, le BIP qualifiait d’ailleurs la récolte 2024 de « médiocre » au regard de la moyenne historique de la filière.

L’année 2025 n’a pas offert de répit. Le BIP décrit des orages violents à la mi-mai puis fin juin, accompagnés de pluie, de vent et de grêle, sur une grande partie de l’aire de production. Résultat : des fruits tombés au sol, donc perdus, et d’autres abîmés, réorientés vers l’industrie. Chaque aléa a un effet en cascade : moins de pruneaux à vendre, mais aussi moins de stocks pour l’année suivante.


Juin 2026 : onze jours qui ont marqué les arbres

Cette année, le choc est venu de la chaleur. Selon le BIP, cité par Pleinchamp et Aquitaine Online, les températures maximales sous abri ont dépassé 35 °C pendant 11 jours consécutifs, du 17 au 27 juin, avec des nuits au-dessus de 20 °C. Les fruits, encore verts, sont tombés brûlés. Début juillet, l’interprofession estimait les pertes entre 10 % et 100 % selon les vergers.

Le plus inquiétant concerne les arbres eux-mêmes. Feuilles et branches ont brûlé, et le BIP a observé pour la première fois des mortalités de pruniers. Or un arbre mort ne se remplace pas en une saison : il faut replanter, puis attendre que le jeune prunier entre en production.

L’irrigation, une bouée décisive

Interrogé par Réussir, Christophe de Hautefeuille, pruniculteur bio à Sembas et président du BIP, explique qu’un verger évapore habituellement 4 à 5 mm d’eau par jour, contre 8 à 10 mm pendant la canicule. Dans son verger irrigué, il a perdu environ 30 % de ses fruits, contre 80 % chez un voisin qui n’arrose pas. Il a même dû arrêter d’irriguer deux ou trois parcelles pour sauver le reste du verger.

Fin août, le BIP prévoyait une baisse de récolte de 30 à 50 % à l’échelle de la filière, en espérant se situer plutôt dans la fourchette basse, selon la qualité du séchage. Le bilan définitif de la campagne 2026 n’a pas encore été publié.


L’amande, un complément qui prend racine

Face à ces aléas, certains acteurs cherchent à diversifier leurs revenus sans renoncer au pruneau. Pleinchamp raconte l’histoire de l’entreprise familiale Escoute, qui a lancé dès 2020 avec une trentaine de producteurs une filière d’amande du Sud-Ouest. En décembre 2025, un investissement de 1,1 million d’euros a été annoncé pour une casserie (l’atelier qui casse les coques) et le développement de la filière.

L’idée est logique : l’amandier a besoin de moins d’eau que le prunier, car son fruit est protégé par une coque, et les pruniculteurs disposent déjà des machines adaptées à sa récolte. Mais la transition sera lente : les pépiniéristes ont besoin de deux ans pour produire un plant, avant même que l’arbre commence à porter des fruits.

Reste aussi à trouver des débouchés. Gilles Vergnes, dirigeant d’Escoute, souligne auprès de Pleinchamp que l’enjeu est désormais de développer le marché de l’amande du Sud-Ouest, face à l’amande américaine qui domine aujourd’hui le marché français. Pour les producteurs, l’objectif n’est pas de remplacer le prunier, mais de ne plus dépendre d’un seul arbre face à des étés de plus en plus imprévisibles.


Ce qu’on retient

Le pruneau d’Agen repose sur un savoir-faire simple en apparence (une prune, un four, une journée de séchage) mais sur un équilibre fragile : un seul arbre, une seule région, et des aléas climatiques qui se succèdent depuis 2021. La canicule de juin 2026 a franchi un cap en touchant les arbres eux-mêmes. Irrigation, diversification vers l’amande, travail collectif de l’interprofession : la filière cherche ses parades, sans abandonner un fruit qui fait partie de l’identité du Sud-Ouest.

À savoir : le pruneau d’Agen se garde toute l’année. Celui que vous achetez cet hiver vient en partie des stocks des récoltes précédentes, ce qui explique pourquoi les transformateurs surveillent de près des stocks déjà bas après plusieurs années de faibles volumes.

Pour découvrir d’autres fruits des vergers français, direction notre page sur l’arboriculture.

Sources

  • Bureau national interprofessionnel du pruneau (BIP) — Communiqué « Lancement de la récolte 2025 du Pruneau d'Agen », juillet 2025 (https://www.pruneau.fr/wp-content/uploads/2025/07/CP-Recolte-2025-Gulfstream.pdf)
  • Réussir Fruits et Légumes — « Pruneau dans le Lot-et-Garonne : les effets de la canicule sont stupéfiants », 21 août 2026
  • Pleinchamp — « Pruneaux d'Agen décimés par la canicule : l'amande s'impose comme solution économique d'avenir », 22 juillet 2026
  • Aquitaine Online — « En Lot-et-Garonne, la canicule menace aussi les arbres du fruit séché emblématique du Sud-Ouest », 30 septembre 2026
  • Terre-net / AFP — « En grand danger, la filière du pruneau d'Agen craint une vague de faillites », avril 2022
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