Vendanges 2024 : le bilan d'une année sous tension
Mildiou record, production en baisse de 20 % dans certains vignobles, crise des prix à Bordeaux : les vendanges 2024 ont été éprouvantes. Ce qu'il faut retenir.
Le printemps 2024 a été catastrophique pour les vignobles français. Des pluies abondantes en mai et juin ont provoqué une épidémie de mildiou d’une ampleur rare — cette maladie cryptogamique, causée par le champignon Plasmopara viticola, détruit les feuilles, les grappes et les jeunes pousses quand l’humidité s’installe.
L’ennemi numéro un : le mildiou
Le mildiou n’est pas nouveau. Mais 2024 a combiné les pires conditions : températures douces + humidité persistante + pluies fréquentes. Dans certaines zones de Bordeaux, du Languedoc et de la Vallée de la Loire, les pertes ont atteint 30 à 50 % de la récolte avant même les vendanges.
Les vignerons conventionnels ont pu traiter avec des fongicides de synthèse, mais même eux ont parfois été dépassés. Les viticulteurs bio ont été les plus touchés : le cuivre (leur principal fongicide autorisé) est peu efficace quand les pluies sont trop fréquentes — il est lessivé avant d’agir.
Résultat national : la production 2024 est estimée par FranceAgriMer à environ 37 millions d’hectolitres, contre 43 en 2023. Une chute de près de 14 % à l’échelle nationale.
Bordeaux dans la tempête
Bordeaux concentre les difficultés. La région souffre depuis plusieurs années d’une double crise : une surproduction chronique et une demande mondiale en baisse pour les vins d’entrée de gamme. Les prix du raisin en Gironde ont plongé.
Face à cette situation, le CIVB (Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux) a lancé un plan d’arrachage volontaire de vignes, avec des subventions à la clé. En 2024, environ 10 000 hectares ont été arrachés — l’équivalent du vignoble alsacien entier. Une saignée nécessaire pour rééquilibrer l’offre et la demande.
Champagne : une relative résistance
La Champagne s’en sort mieux. Grâce à des traitements fréquents (les champenois font partie des viticulteurs les plus intensifs en phytosanitaires) et à des investissements importants dans la protection du vignoble, les pertes sont restées limitées à 8 à 12 %.
La demande mondiale en champagne reste soutenue, portée par les marchés américain, japonais et britannique. Le prix de vente du kg de raisin en Champagne — fixé chaque année par négociation — s’est maintenu à 7,45 €/kg en 2024.
Ce que retiendront les vignerons
La saison 2024 laissera plusieurs leçons :
La résistance des cépages : les cépages résistants aux maladies (Voltis, Floreal, Vidoc), développés par l’INRAE, ont significativement mieux résisté que les cépages traditionnels. Leur adoption accélère, malgré des résistances liées aux appellations d’origine qui imposent parfois des cépages anciens.
L’importance de la météo prévisionnelle : les vignerons qui ont utilisé des outils de modélisation du risque mildiou ont pu intervenir au bon moment et limiter les dégâts.
La question du bio : la crise interroge sur la viabilité du bio viticulture en années difficiles. Plusieurs vignerons bio envisagent une certification “en conversion” pour avoir accès à plus d’outils de protection, au moins le temps de trouver des alternatives efficaces.
L’année 2024 restera dans les mémoires. Comme 1910, 1956 ou 2017, elle marque les esprits des vignerons et accélère des mutations profondes dans la façon de travailler la vigne.
Sources
- FranceAgriMer — Note de conjoncture viticulture septembre 2024
- CIVB — Bilan de campagne Bordeaux 2024
- Comité Champagne — Communiqué de récolte 2024
Les contenus d'Agri-découverte sont écrits avec un objectif de pédagogie et de vérification systématique : chaque chiffre s'appuie sur une source officielle (Agreste, FranceAgriMer, INRAE).
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