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Métiers #vétérinaire#élevage#métiers agricoles

Vétérinaire rural : le métier que les éleveurs s'arrachent

Seuls 15 % des vétérinaires soignent encore vaches, brebis ou cochons. Plongée dans un métier essentiel aux élevages, et dans les efforts déployés pour le faire revivre.

Gros plan sur de jeunes bovins bruns et blancs portant des boucles d'identification aux oreilles, rassemblés dans une prairie verte, le type d'animaux suivis au quotidien par les vétérinaires ruraux

Quand une vache peine à vêler à 3 heures du matin, c’est lui que l’éleveur appelle. Le vétérinaire rural soigne les animaux de ferme, surveille les grandes maladies et conseille les éleveurs au quotidien. Pourtant, ce métier essentiel est devenu rare : dans certaines campagnes, trouver un « véto » pour ses bovins relève du parcours du combattant.

Un métier à part dans la profession vétérinaire

On imagine souvent le vétérinaire dans une clinique en ville, un chat sur la table d’examen. C’est d’ailleurs la réalité de la grande majorité de la profession. Selon l’atlas démographique 2024 de l’Ordre des vétérinaires, cité dans une question écrite au Sénat, 21 494 vétérinaires pratiquent la médecine et la chirurgie des animaux en France. Parmi eux, 18 066, soit plus de 73 %, travaillent exclusivement ou surtout avec des animaux de compagnie.

Ceux qui déclarent une activité auprès des animaux de rente (les animaux élevés pour produire du lait, de la viande, des œufs ou de la laine) ne représentent que 15,2 % de la profession.

Profil (atlas 2024 de l’Ordre)Effectif ou part
Vétérinaires praticiens21 494
Activité surtout animaux de compagnie18 066 (plus de 73 %)
Activité déclarée sur animaux de rente15,2 %
Diplômés dans un autre pays de l’UE53,8 %

Une journée sur la route

Le quotidien du vétérinaire rural se passe en grande partie dans sa voiture et dans les fermes. Au programme : vêlages difficiles, césariennes à la ferme, boiteries, troubles digestifs des veaux, mais aussi des visites de suivi d’élevage pour prévenir les maladies plutôt que les guérir. Les gardes de nuit et de week-end font partie du métier, car les animaux ne tombent pas malades aux heures de bureau.

Le vétérinaire rural travaille main dans la main avec l’éleveur, qui connaît ses animaux mieux que personne. Pour comprendre le rythme de ces fermes, on peut lire notre article sur la semaine type d’un éleveur laitier. Le véto y intervient comme un partenaire : il examine, mais il explique aussi, forme l’éleveur aux bons gestes et l’aide à organiser la prévention dans son troupeau.

Un métier très varié

Selon les régions, le vétérinaire rural ne rencontre pas les mêmes animaux. Dans les zones d’élevage laitier, il passe beaucoup de temps auprès des vaches. Ailleurs, il suit des troupeaux de brebis ou de chèvres, comme dans la filière du lait de chèvre, des élevages de porcs ou de volailles. Beaucoup de cabinets sont « mixtes » : le matin à la ferme, l’après-midi en consultation pour chiens et chats. Cette diversité est souvent citée par ceux qui choisissent ce métier comme l’une de ses principales richesses.


Un rôle de sentinelle sanitaire

Le vétérinaire rural ne fait pas que soigner. Il détient un mandat sanitaire délivré par l’État, rappelle une question écrite à l’Assemblée nationale. Concrètement, il réalise des prélèvements et des tests obligatoires dans les élevages, comme le dépistage de la tuberculose bovine, et participe à la lutte contre les grandes maladies contagieuses.

Cet enjeu dépasse largement la ferme. Dans sa réponse au Sénat de novembre 2024, le ministère de l’Agriculture rappelle qu’au moins 60 % des maladies infectieuses humaines ont une origine animale. Repérer tôt une maladie dans un troupeau, c’est aussi protéger la santé de tous. Les campagnes de vaccination menées dans les élevages, comme celle des canards contre la grippe aviaire, montrent bien à quel point la présence de vétérinaires sur le terrain compte pour les filières.

À savoir : sans vétérinaire disponible, un éleveur peut se retrouver dans l’impossibilité de remplir ses obligations sanitaires légales. La question parlementaire souligne que certains risqueraient alors de devoir cesser leur activité.


Pourquoi les campagnes manquent de vétérinaires

La question écrite déposée au Sénat en octobre 2024 évoque un manque de 800 à 1 000 vétérinaires en 2023, surtout dans les zones rurales. Plusieurs raisons expliquent cette situation :

  • les contraintes du métier : déplacements nombreux, gardes de nuit, travail physique avec de grands animaux ;
  • l’attrait de la clientèle urbaine, où l’activité auprès des chiens et chats est plus régulière ;
  • la baisse du nombre d’élevages dans certaines régions, qui rend les cabinets ruraux moins faciles à faire vivre ;
  • un nombre de diplômés longtemps insuffisant : plus de la moitié des praticiens inscrits ont été diplômés dans un autre pays européen.

On parle désormais de « déserts vétérinaires », sur le modèle des déserts médicaux.


Former plus de vétérinaires, et les attirer à la campagne

Face à ce constat, les pouvoirs publics et la profession ont lancé dès 2016 une feuille de route pour le maintien des vétérinaires en productions animales et en territoires ruraux. Plusieurs leviers sont activés.

Des écoles qui grandissent

Selon la réponse du ministère de l’Agriculture au Sénat (novembre 2024) :

  • la taille des promotions des quatre écoles nationales vétérinaires (Lyon, Maisons-Alfort, Nantes et Toulouse) passe de 160 à 180 étudiants ;
  • le recrutement juste après le bac est passé de 160 étudiants en 2021 à 280 en 2024 pour ces quatre écoles. Cette voie permet de devenir vétérinaire en 6 ans, contre 7 à 8 ans par les autres parcours ;
  • une école privée, UniLaSalle à Rouen, a ouvert en septembre 2022 avec 120 étudiants par promotion. Selon L’Étudiant, elle doit compter à terme 720 étudiants ;
  • au total, le nombre de vétérinaires formés en France doit augmenter de 75 % entre 2017 et 2030.

Des aides pour s’installer

La loi DDADUE du 3 décembre 2020 permet aux collectivités locales d’aider les cabinets vétérinaires installés en zone rurale. D’après la réponse du ministère publiée au Journal officiel en janvier 2022, ces aides peuvent atteindre 60 000 euros au maximum, par exemple pour financer les frais de déplacement dans les élevages. Depuis un arrêté du 8 novembre 2021, toutes les régions sont éligibles. Les étudiants peuvent aussi être aidés pour leurs frais de scolarité ou leurs stages en zone rurale.

Le stage qui fait naître des vocations

C’est peut-être le dispositif le plus parlant. Avec les stages tutorés, pilotés par l’école vétérinaire de Toulouse, des étudiants de cinquième année passent 18 semaines dans un même cabinet rural. Résultat : selon le ministère, 80 % des participants exercent ensuite en milieu rural, et le nombre de candidats a doublé pour l’année 2021-2022. Goûter au métier sur le terrain, aux côtés d’un vétérinaire expérimenté, reste le meilleur moyen de donner envie de le faire.


Ce qu’on retient

Le vétérinaire rural est un maillon discret mais indispensable de l’élevage français : il soigne les animaux, accompagne les éleveurs et veille sur la santé publique. Avec seulement 15,2 % de la profession tournée vers les animaux de rente, le métier manque de bras, mais il dispose d’atouts réels : un rôle utile et reconnu, une grande variété de situations et des dispositifs de formation et d’installation qui se multiplient.

Pour les jeunes attirés à la fois par la médecine, les animaux et la vie à la campagne, c’est un métier d’avenir. Les premiers effets de l’élargissement des écoles devraient se faire sentir dans les cabinets ruraux d’ici la fin de la décennie.

Sources

  • Sénat — Question écrite n° 01999 de Mme Marie-Pierre Richer (24/10/2024) et réponse du ministère de l'Agriculture (21/11/2024), citant l'atlas démographique 2024 de l'Ordre des vétérinaires — https://www.senat.fr/questions/base/2024/qSEQ241001999.html
  • Assemblée nationale — Question écrite n° 42715 « Absence de vétérinaire en milieu rural » et réponse du ministère de l'Agriculture (JO du 11/01/2022) — https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/questions/QANR5L15QE42715
  • L'Étudiant — « UniLaSalle ouvre une école vétérinaire post-bac à la rentrée 2022 » — https://www.letudiant.fr/etudes/ecole-ingenieur/unilasalle-ouvre-une-ecole-veterinaire-post-bac-a-la-rentree-2022.html
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