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Élevage #canard#grippe aviaire#vaccination

Vaccin des canards : l'arme française contre la grippe aviaire

Depuis octobre 2023, la France vaccine ses canards contre la grippe aviaire, seule en Europe. Les foyers se sont effondrés et la filière foie gras a repris des couleurs. Retour sur un pari réussi.

Grand groupe de canards au plumage brun et quelques canards blancs avançant ensemble au milieu d'herbes hautes et d'un champ fauché, éclairés par une lumière douce de fin de journée

Chaque automne, quand les oiseaux sauvages migrent vers le sud, les éleveurs de canards retiennent leur souffle. Pendant plusieurs hivers, la grippe aviaire a vidé des élevages entiers dans le Sud-Ouest et en Vendée. Depuis octobre 2023, la France a fait un choix que personne d’autre n’a fait en Europe : vacciner ses canards. Trois ans plus tard, voici ce que ce pari a changé.


Des hivers noirs pour les éleveurs

La grippe aviaire (on parle aussi d’influenza aviaire hautement pathogène, ou IAHP) est une maladie virale très contagieuse chez les oiseaux. Elle est apportée chaque année par les oiseaux migrateurs, puis se propage d’élevage en élevage. Quand un cas est détecté, la règle est stricte : les animaux de l’élevage touché sont abattus, et des zones de protection sont mises en place autour.

La saison 2021-2022, un record

L’hiver 2021-2022 reste le pire souvenir de la filière. Selon Pleinchamp, la France a compté 1 378 foyers en élevage, qui ont entraîné l’abattage de 22 millions de volailles et un coût de 1,2 milliard d’euros. L’Anses évoque de son côté plus de 21 millions d’oiseaux mis à mort pour environ 1 400 foyers.

L’hiver suivant n’a guère été plus doux. D’après le bilan de la Plateforme ESA (qui réunit l’Anses, la DGAL et l’INRAE), la France a déclaré 396 foyers entre août 2022 et juillet 2023 : c’était le pays européen le plus touché. Pleinchamp indique qu’une dizaine de millions de volailles ont été abattues cette saison-là.

Pourquoi le canard est-il au cœur du problème ? Parce que cet oiseau peut porter et diffuser le virus en montrant peu de symptômes. Il joue donc un rôle de « relais » discret dans la circulation de la maladie.


Le pari de la vaccination

Face à ces crises à répétition, l’État et la filière ont lancé le 1er octobre 2023 une campagne de vaccination obligatoire des canards. Selon l’INRAE, la France est le seul pays de l’Union européenne à mettre en œuvre une telle vaccination.

Comment ça se passe concrètement ?

Les canetons reçoivent deux injections dans leurs premières semaines de vie. Deux vaccins sont utilisés, d’après Réussir :

  • celui de Boehringer Ingelheim, injecté sous la peau, utilisé dès le départ (80 millions de doses livrées pour la première phase) ;
  • celui du laboratoire français Ceva, injecté dans le muscle, ajouté en avril 2024.

Pour la première campagne, 62 millions de canards étaient concernés, pour un coût de 96 millions d’euros pris en charge à 85 % par l’État, selon Pleinchamp.

Le plan officiel du ministère de l’Agriculture pour la campagne 2025-2026 précise les règles : seuls les canards (Barbarie, mulard, Pékin) sont visés, sur tout le territoire métropolitain hors Corse, et la vaccination est obligatoire pour tous les élevages commerciaux de production. Environ 60 millions de canards répartis dans 2 700 élevages étaient prévus sur un an.


Des résultats spectaculaires

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Lors du premier hiver de vaccination, la France n’a recensé que 10 foyers en élevage, dont 2 seulement sur des canards vaccinés, selon Réussir.

SaisonFoyers en élevageContexte
2021-20221 378Sans vaccination
2022-2023396Sans vaccination
2023-2024101re campagne de vaccination

Sources : Pleinchamp, Plateforme ESA, Réussir.

Bien sûr, une saison calme peut aussi venir d’une moindre circulation du virus. Pour mesurer le vrai effet du vaccin, des chercheurs de l’École nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT) et de l’INRAE ont construit un modèle à partir des foyers observés en Europe de l’Ouest depuis 2016. Leur conclusion, rapportée par Pleinchamp : sans vaccination, la France aurait pu connaître jusqu’à 701 foyers en 2023-2024, au lieu des 10 constatés. Selon l’INRAE, la vaccination a réduit de 96 % le nombre de foyers sur le territoire.

Autre bonne nouvelle : la France a pu retrouver son statut de pays indemne d’influenza aviaire, une reconnaissance importante pour rassurer les partenaires commerciaux.

À savoir : le vaccin ne remplace pas les autres protections. Les éleveurs continuent d’appliquer la biosécurité (sas sanitaires, nettoyage, limitation des contacts avec la faune sauvage) et les canards sont surveillés en continu pour détecter tout passage du virus.


Une filière foie gras qui se relève

Pour les éleveurs de canards gras, du Sud-Ouest à la Vendée, ces résultats ont tout changé. Selon le Cifog (l’interprofession du foie gras), cité par Réussir, la France comptait 15 millions de canards gras en 2021, contre 34 millions en 2014. La remontée est nette depuis : 29,7 millions de canards gras en 2024, pour 15 840 tonnes de foie gras cru.

Le commerce extérieur a suivi. Toujours selon le Cifog, la filière est passée d’un déficit de 3,5 millions d’euros en 2023 à un excédent de 25,4 millions d’euros en 2024. Tout n’est pas réglé pour autant : le Japon, qui était un débouché majeur, n’avait toujours pas rouvert son marché aux produits français fin 2025.

Un coût qui fait débat

Vacciner des dizaines de millions de canards chaque année coûte cher. Pour la deuxième campagne, l’État a mobilisé 100 millions d’euros et pris en charge 70 % du coût jusqu’à la fin 2024, d’après Pleinchamp. Le ministère rappelle en comparaison que les indemnisations des trois crises précédentes avaient dépassé un milliard d’euros. La question du partage des frais entre l’État et les éleveurs reste discutée à chaque nouvelle campagne, et Réussir rapporte que les professionnels se sont dits déçus du financement annoncé pour 2025-2026.

Enfin, le vaccin n’offre pas une protection totale. À l’automne 2025, des foyers sont apparus en Vendée sur des canards vaccinés mais âgés, dont la deuxième injection remontait à plusieurs semaines. Les autorités ont alors autorisé, à partir du 5 novembre 2025, une troisième dose volontaire pour les canards de chair, selon Pleinchamp.


Ce qu’on retient

La vaccination des canards est l’un des grands succès sanitaires récents de l’élevage français. En quelques saisons, le nombre de foyers est passé de plusieurs centaines à une poignée, les éleveurs ont pu remplir à nouveau leurs bâtiments et la filière foie gras a repris des couleurs. Ce succès repose sur un trio : un vaccin, une surveillance stricte et une biosécurité maintenue au quotidien.

Pour mieux comprendre les autres volailles françaises, découvrez aussi notre article sur le poulet français face à la concurrence mondiale et celui sur la demande record en œufs.

Le défi des prochaines années sera d’ajuster la stratégie au virus, qui évolue, et de trouver un financement durable. D’autres pays observent de près l’expérience française : peut-être inspirera-t-elle un jour d’autres filières d’élevage en Europe.

Sources

  • Pleinchamp — Influenza aviaire : 700 foyers évités grâce à la vaccination, la 2e campagne lancée (octobre 2024) (https://www.pleinchamp.com/actualite/influenza-aviaire-700-foyers-evites-grace-a-la-vaccination-la-2eme-campagne-lancee)
  • Réussir Volailles — Grippe aviaire : le bilan de la vaccination des canards en neuf points (juillet 2024) (https://www.reussir.fr/volailles/grippe-aviaire-le-bilan-de-la-vaccination-des-canards-en-neuf-points)
  • Plateforme ESA (Anses, DGAL, INRAE) — Bilan de l'épizootie d'IAHP 2022-2023 (https://plateforme-esa.fr/sites/default/files/2024-07/2024-07-16_bilan-iahp-2022-2023_vf.pdf)
  • Pleinchamp — La France recouvre son statut de pays indemne d'influenza aviaire (https://www.pleinchamp.com/actualite/la-france-recouvre-son-statut-de-pays-indemne-d-influenza-aviaire)
  • Ministère de l'Agriculture (DGAL) — Plan de vaccination des canards contre l'IAHP, campagne 2025-2026 (https://agriculture.gouv.fr/telecharger/139821)
  • Pleinchamp — Influenza aviaire : une situation sanitaire plus préoccupante que les deux campagnes passées (https://www.pleinchamp.com/actualite/influenza-aviaire-une-situation-sanitaire-plus-preoccupante-que-les-deux-campagnes-passees)
  • Réussir Les Marchés — Canard gras : les chiffres 2025 confirment la dynamique engagée en 2024, d'après le Cifog (octobre 2025) (https://www.reussir.fr/lesmarches/canard-gras-les-chiffres-2025-confirment-la-dynamique-engagee-en-2024)
  • Médias24 (dépêche AFP) — Grippe aviaire : la stratégie de vaccination française inspire à l'étranger (https://medias24.com/agence-presse/grippe-aviaire-la-strategie-de-vaccination-francaise-inspire-a-letranger/)
  • Réussir — Influenza aviaire : les filières canard déçues par le financement de la vaccination (https://www.reussir.fr/influenza-aviaire-les-filieres-canard-decues-par-le-financement-de-la-vaccination)
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