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Environnement #eau#irrigation#environnement

L'eau et l'agriculture : un équilibre sous pression

L'agriculture française utilise 45 % des prélèvements d'eau douce. Face aux sécheresses répétées, comment les agriculteurs s'adaptent-ils pour produire avec moins d'eau ?

Pivot d'irrigation tournant sur un champ de maïs en Occitanie

L’eau est à l’agriculture ce que le carburant est à une voiture : sans elle, rien ne pousse. En France, les rivières, lacs et nappes phréatiques fournissent chaque année des milliards de mètres cubes pour irriguer les cultures. Mais avec des sécheresses de plus en plus fréquentes et des nappes qui peinent à se reconstituer, la question de l’eau agricole est devenue l’un des sujets les plus sensibles du monde rural.

Les chiffres : 45 % des prélèvements d’eau douce

En France, 45 % des prélèvements d’eau douce sont attribués à l’agriculture, selon les données du ministère de la Transition écologique. Ce chiffre peut surprendre, mais il s’explique par la nature même de l’activité : une culture de maïs en plein été peut nécessiter plusieurs centimètres d’eau par semaine, que la pluie ne fournit pas toujours.

Il faut cependant nuancer : l’eau prélevée pour l’irrigation n’est pas entièrement « perdue ». Une partie retourne dans les nappes par infiltration, une autre nourrit les plantes et se retrouve dans les aliments que nous consommons. Mais en période de stress hydrique, ces prélèvements entrent en concurrence directe avec les besoins des communes, des industries et des écosystèmes naturels.

Sur les 18 millions d’hectares de terres agricoles françaises, environ 1,9 million d’hectares sont irrigués, soit un peu plus de 10 % de la surface agricole utile.

Les cultures qui irriguent le plus : maïs, tournesol et légumes

Toutes les cultures n’ont pas les mêmes besoins en eau. Les grandes championnes de l’irrigation sont sans surprise les cultures d’été, qui coïncident avec les mois les plus chauds et les plus secs.

Le maïs grain est de loin la culture la plus irriguée en France. Il occupe à lui seul plus de 60 % des surfaces irriguées. Cultivé principalement dans le Sud-Ouest (Adour, Garonne), il nécessite 200 à 400 millimètres d’eau supplémentaire entre juin et septembre.

Le tournesol et le soja suivent, même si leurs besoins sont moindres. Ces oléagineux d’été restent très dépendants de quelques pluies bien placées en juillet pour assurer la fructification.

Les légumes de plein champ (tomates industrielles, melons, haricots verts) et les vergers sont également de gros consommateurs d’eau, mais sur des surfaces plus restreintes.

À l’inverse, les céréales d’hiver (blé, orge) poussent durant les mois les plus humides et ne nécessitent généralement pas d’irrigation en France.

Les techniques d’irrigation : pivot, goutte-à-goutte, aspersion

Les agriculteurs ont à leur disposition plusieurs systèmes pour apporter l’eau aux cultures, avec des efficacités très variables.

Le pivot d’irrigation est le système le plus visible dans le paysage : cet énorme bras métallique tournant autour d’un axe central couvre des cercles de plusieurs hectares. Il est très utilisé pour le maïs dans les grandes plaines. Son efficacité est correcte (70-80 % de l’eau effectivement absorbée par la plante) mais il consomme beaucoup d’énergie et peut laisser de l’eau s’évaporer en surface.

L’aspersion classique (rampes ou canons à eau) est plus ancienne et moins précise. Elle convient aux prairies ou aux grandes cultures mais perd une part non négligeable d’eau par évaporation, surtout par temps chaud et venteux.

Le goutte-à-goutte est la technique la plus économe : des tuyaux posés au sol ou enterrés délivrent l’eau directement au pied de chaque plant. Utilisé en maraîchage, viticulture et arboriculture, il peut réduire la consommation d’eau de 30 à 50 % par rapport à l’aspersion. Son coût d’installation reste néanmoins élevé.

Les tensions : zones de répartition des eaux et conflits d’usage

Depuis la loi sur l’eau de 2006, certains bassins hydrographiques particulièrement sous pression sont classés en zones de répartition des eaux (ZRE). Dans ces zones, les prélèvements sont strictement encadrés, et les autorisations d’irrigation limitées.

Les étés 2019, 2022 et 2023 ont cristallisé les tensions. Dans plusieurs départements du Sud-Ouest, des arrêtés préfectoraux ont imposé des restrictions d’arrosage sévères, parfois au beau milieu de la saison de culture. Des agriculteurs ont perdu une partie de leurs récoltes faute de pouvoir irriguer suffisamment.

La construction de retenues collinaires (réservoirs remplis l’hiver pour être utilisés l’été) est présentée par une partie du monde agricole comme une solution de stockage indispensable. Elle fait cependant l’objet de vifs débats, certains scientifiques et associations environnementales estimant que ces installations peuvent aggraver les prélèvements globaux sur les nappes.

Les solutions : variétés résistantes, agriculture de conservation et adaptation

Face à cette contrainte croissante, les agriculteurs et les chercheurs explorent plusieurs pistes complémentaires.

La sélection variétale ouvre des perspectives prometteuses. Des programmes de recherche pilotés par l’INRAE travaillent sur des variétés de maïs ou de tournesol capables de produire correctement avec moins d’eau, en résistant mieux au stress hydrique.

L’agriculture de conservation — qui consiste à perturber le moins possible le sol (semis direct, couverts végétaux) — améliore la capacité de la terre à retenir l’humidité et réduit les besoins en irrigation.

L’optimisation de l’irrigation par capteurs et données se développe aussi : des sondes mesurent l’humidité du sol en temps réel, permettant d’irriguer uniquement quand c’est nécessaire, ni trop tôt ni trop tard. Couplées à des prévisions météo précises, ces technologies peuvent réduire la consommation d’eau de 20 à 30 % sans perte de rendement.

Enfin, des réflexions émergent sur l’adaptation des assolements : dans certaines régions du Sud, planter moins de maïs et davantage de sorgho ou de légumineuses moins gourmands en eau pourrait être une réponse structurelle au changement climatique. Ce n’est pas une solution simple — le maïs grain reste très rentable — mais c’est une piste sérieuse pour les décennies à venir.

Sources

  • Agreste — Enquête sur l'irrigation 2022
  • BRGM — Eaux souterraines et agriculture
  • INRAE — Adaptation de l'agriculture au changement climatique
Rédigé par Marie Fontaine

L'équipe Agri-découverte est composée de passionnés d'agriculture, de journalistes spécialisés et de conseillers agricoles. Nos contenus sont vérifiés par des sources officielles (Agreste, FranceAgriMer, INRAE).

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