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Environnement #biodiversité#bocage#haies

Les haies bocagères : le grand retour d'un allié discret

Longtemps arrachées, les haies bocagères font leur come-back dans les campagnes françaises. Découvrez pourquoi ces alignements d'arbres sont devenus des alliés précieux de l'agriculture.

Une haie bocagère dense bordant un champ cultivé dans un paysage vallonné de campagne française, avec des arbres et arbustes variés sous un ciel dégagé

Elles quadrillaient autrefois nos campagnes en un immense filet vert. Puis elles ont disparu par milliers de kilomètres. Aujourd’hui, les haies bocagères reviennent sur le devant de la scène agricole. Mais au fait, pourquoi tant d’attention pour de simples rangées d’arbres et d’arbustes ?

Le bocage, c’est quoi exactement ?

Le mot « bocage » désigne un paysage où les parcelles agricoles sont bordées de haies, c’est-à-dire d’alignements continus d’arbres, d’arbustes et de buissons. On le retrouve historiquement dans l’ouest de la France : Normandie, Bretagne, Pays de la Loire, Limousin.

Ces haies ne sont pas là par hasard. Pendant des siècles, elles ont servi à délimiter les propriétés, contenir le bétail, fournir du bois de chauffage et protéger les cultures du vent. Une haie était un véritable outil de travail pour l’agriculteur.

Une disparition massive au XXe siècle

Après la Seconde Guerre mondiale, la France a modernisé son agriculture. Pour permettre le passage de machines de plus en plus grandes, on a agrandi les parcelles en supprimant les haies : c’est ce qu’on appelle le remembrement.

Le résultat a été spectaculaire. Selon les estimations reprises par le ministère de l’Agriculture dans son Pacte en faveur de la haie (2023), la France a perdu environ 70 % de son linéaire de haies entre 1950 et aujourd’hui. Et malgré les plantations récentes, le solde reste négatif : on continue globalement d’en perdre chaque année davantage qu’on n’en plante.

Pourquoi les haies sont-elles si précieuses ?

On a longtemps vu les haies comme un obstacle. On les redécouvre aujourd’hui comme un couteau suisse écologique. Voici leurs principaux atouts.

Un refuge pour la biodiversité

Une haie, c’est une petite forêt en réduction. Oiseaux, insectes, petits mammifères, chauves-souris et reptiles y trouvent gîte et couvert. Les travaux de l’INRAE sur les services écosystémiques des haies rappellent qu’elles servent de corridors écologiques : elles permettent aux espèces de circuler d’un boisement à un autre à travers un paysage agricole.

Parmi ces habitants, beaucoup sont des alliés directs de l’agriculteur : coccinelles mangeuses de pucerons, oiseaux insectivores, ou encore chauves-souris qui dévorent des quantités impressionnantes d’insectes chaque nuit.

Un bouclier contre l’érosion et les inondations

Les racines des haies retiennent la terre et ralentissent le ruissellement de l’eau lors de fortes pluies. Sur un terrain en pente, une haie bien placée limite le départ de la terre fertile et réduit les risques d’inondation en aval.

Elles filtrent aussi une partie des éléments transportés par l’eau avant qu’ils n’atteignent les rivières, ce qui contribue à protéger la qualité des cours d’eau.

Un rôle dans le climat

En poussant, les arbres et arbustes d’une haie captent du carbone dans leur bois et dans le sol. Les haies participent donc, à leur échelle, au stockage de carbone, un enjeu majeur face au changement climatique.

Les services rendus par une haie, en un coup d’œil

Service renduBénéficiaire principalComment ça marche
Abri pour les auxiliairesAgriculteurCoccinelles et oiseaux régulent les ravageurs des cultures
Corridor écologiqueBiodiversitéLes espèces circulent d’un habitat à l’autre
Lutte contre l’érosionSol et culturesLes racines retiennent la terre
Régulation de l’eauTerritoireRalentissement du ruissellement, filtration
Brise-ventCultures et bétailProtection contre le dessèchement et le froid
Stockage de carboneClimatLe bois et le sol captent du CO₂
Production de boisAgriculteurBois de chauffage ou copeaux (paillage)

Le retour en grâce : une prise de conscience

Depuis quelques années, la tendance s’inverse dans les mentalités. De nombreux agriculteurs replantent des haies, souvent accompagnés par des programmes publics et des associations spécialisées.

En 2023, le ministère de l’Agriculture a lancé un Pacte en faveur de la haie, doté d’une enveloppe de 110 millions d’euros par an, avec un objectif ambitieux : atteindre un gain net de 50 000 kilomètres de haies d’ici 2030. L’idée n’est pas seulement de planter, mais aussi d’entretenir durablement l’existant, car une haie mal gérée finit par dépérir.

Une nouvelle façon de les valoriser

Le regard économique change également. Une haie bien entretenue produit du bois, qui peut être transformé en plaquettes pour le chauffage ou en paillage pour les cultures. C’est la logique de la gestion durable : couper régulièrement, mais raisonnablement, pour que la haie se régénère tout en apportant une ressource.

Des dispositifs comme le label Haie, porté par des acteurs de terrain, encouragent cette gestion respectueuse en garantissant que le bois provient de haies gérées durablement.

Planter une haie, un travail de patience

Attention toutefois : une haie ne se décrète pas du jour au lendemain. Il faut choisir des essences locales adaptées au sol et au climat, planter à la bonne saison, protéger les jeunes plants et attendre plusieurs années avant que la haie ne joue pleinement son rôle.

C’est justement pour cela que les efforts actuels comptent : les haies que l’on plante aujourd’hui seront pleinement fonctionnelles dans dix à vingt ans. Un investissement pour les générations d’agriculteurs à venir.

Un maillage vert à reconstruire

Les haies bocagères illustrent une belle idée : ce que l’on a longtemps considéré comme dépassé peut redevenir moderne. En reliant biodiversité, protection des sols, gestion de l’eau et production de bois, elles incarnent une agriculture qui travaille avec la nature plutôt que contre elle.

Reste une question ouverte : saurons-nous replanter et surtout entretenir ce maillage vert sur le long terme ? La réponse se joue dès aujourd’hui, une haie après l’autre, dans nos campagnes.

Sources

  • Agreste — Enquête sur les infrastructures agroécologiques et le linéaire de haies
  • INRAE — Travaux sur les services écosystémiques des haies bocagères
  • Ministère de l'Agriculture — Pacte en faveur de la haie (2023)

L'équipe Agri-découverte est composée de passionnés d'agriculture, de journalistes spécialisés et de conseillers agricoles. Nos contenus sont vérifiés par des sources officielles (Agreste, FranceAgriMer, INRAE).

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