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Élevage #chèvre#élevage caprin#lait

Lait de chèvre : pourquoi la France domine toute l'Europe

La Grèce et l'Espagne ont plus de chèvres, mais c'est la France qui produit le plus de lait. Plongée dans une filière de 6 000 élevages, entre fromages AOP et chevreaux.

Troupeau de chèvres blanches au poil ras photographié de face dans la lumière dorée du soir, l'une d'elles regardant l'objectif au centre de l'image

Quand on pense à l’Europe des chèvres, on imagine plutôt les collines de Grèce ou les plateaux d’Espagne. Pourtant, c’est la France qui produit le plus de lait de chèvre sur le continent, et de loin. Comment un pays qui compte moins de chèvres que ses voisins arrive-t-il à en tirer autant de lait ? Et que devient ce lait, une fois sorti de la chèvrerie ?


Moins de chèvres, mais plus de lait

Commençons par le paradoxe. Selon les données Eurostat reprises par Réussir La Chèvre, la Grèce compte 2,2 millions de chèvres, l’Espagne 1,7 million, et la France environ 1,2 million. Sur le papier, la France n’est donc que troisième.

Mais quand on regarde le lait produit, le classement s’inverse :

PaysProduction de lait de chèvre (2022)
France717 millions de litres
Espagne482 millions de litres
Pays-Bas445 millions de litres
Grèce352 millions de litres

Source : Eurostat, via Réussir La Chèvre (janvier 2025)

Sur les 2,3 milliards de litres produits dans l’Union européenne, la France en fournit donc près d’un tiers. Si l’on divise simplement le lait produit par le nombre de chèvres, une chèvre française donne en moyenne autour de 600 litres par an, bien plus que ses cousines grecques.

Le secret : des chèvres « laitières » et des éleveurs spécialisés

Cette différence s’explique d’abord par la façon d’élever. En France, l’élevage caprin s’est fortement spécialisé dans le lait depuis plusieurs décennies : la chèvre y est avant tout un animal laitier, conduit comme tel.

Deux races dominent les chèvreries françaises : l’Alpine, reconnaissable à sa robe brune, et la Saanen, entièrement blanche. Toutes deux ont été sélectionnées pour leur aptitude laitière. Ajoutez à cela un suivi précis de l’alimentation, du contrôle laitier et de la reproduction, et vous obtenez des troupeaux très productifs.


Une filière de 6 000 élevages, moitié fermiers, moitié livreurs

D’après les chiffres de la filière relayés par Pleinchamp, la France compte plus de 6 000 élevages caprins professionnels. Leur particularité ? Ils se partagent presque à égalité entre deux modèles très différents :

  • 47 % transforment eux-mêmes leur lait à la ferme, surtout en fromages ;
  • 48 % livrent leur lait à une laiterie ou une fromagerie ;
  • 5 % combinent les deux.

C’est une situation unique parmi les grandes filières laitières. Chez les vaches, la très grande majorité des éleveurs livrent leur lait (on vous raconte le voyage du lait de vache jusqu’à votre verre). Chez les chèvres, la fabrication fermière reste une tradition bien vivante : un fromage de chèvre sur un marché a de bonnes chances d’avoir été moulé à quelques centaines de mètres de la chèvrerie.

Ce que disent les chiffres 2025

Selon l’ANICAP, l’interprofession caprine, la production française a atteint 685 millions de litres en 2025 (-0,3 % sur un an). Sur ce total, les laiteries en ont collecté 497 millions de litres (-0,5 %) ; le reste est transformé directement dans les fermes.

Côté revenu, le prix moyen du lait de chèvre payé aux producteurs s’est établi à 928 € les 1 000 litres en 2025, en légère hausse de 0,8 % selon l’ANICAP. Et la tendance de 2026 est plutôt encourageante : Pleinchamp signale une collecte en hausse d’environ 6 % en mai 2026 par rapport à mai 2025.


Du lait au fromage : le grand destin de la chèvre française

L’essentiel du lait de chèvre français finit en fromage. Selon Pleinchamp, la France produit plus de 130 000 tonnes de fromages de chèvre par an, dont 80 % sont consommés en France, soit en moyenne 2 kg par foyer et par an.

Dans les laiteries, le produit roi est la bûche : d’après l’ANICAP, les bûchettes et bûches représentent 47,5 % de la fabrication de fromages de chèvre des entreprises. En rayon libre-service des grandes surfaces, 51 415 tonnes de fromages de chèvre ont été vendues en 2025 (+1,4 %), et les yaourts au lait de chèvre progressent encore plus vite (+4,9 %).

17 AOP, une nouvelle venue en 2026

Le fromage de chèvre, c’est aussi une mosaïque de terroirs protégés. Le Mothais sur feuille, fromage du Poitou affiné sur une feuille de châtaignier, a obtenu son AOP le 11 juin 2026, portant à 17 le nombre d’AOP caprines, selon Pleinchamp. Il rejoint des noms bien connus comme le Crottin de Chavignol, le Sainte-Maure de Touraine, le Rocamadour ou le Picodon. Une AOP (appellation d’origine protégée) impose un cahier des charges précis : le lait doit venir d’une zone délimitée, et la fabrication suivre des règles propres à chaque fromage. Pour aller plus loin, découvrez pourquoi la France règne sur le fromage AOP.

Ce système a un effet concret pour les éleveurs : il ancre la production dans un territoire et permet souvent de mieux valoriser le lait. Toujours selon Pleinchamp, 70 % des éleveurs caprins produisent du lait cru, la matière première de nombreux fromages fermiers et d’appellation.

À savoir : malgré sa production record, la France importe aussi du lait de chèvre. L’ANICAP note des importations de près de 60 millions de litres en 2025 (+16 %), signe que la demande en fromages de chèvre reste plus forte que ce que les chèvreries françaises produisent.


Et les chevreaux, que deviennent-ils ?

Pour produire du lait, une chèvre doit mettre bas chaque année. C’est la même logique que chez les vaches ou les brebis laitières : pas de naissance, pas de lactation. Les chevrettes sont en partie gardées pour renouveler le troupeau, mais les jeunes mâles ne produiront jamais de lait. Ils rejoignent la filière viande, souvent après quelques semaines d’engraissement.

Le défi, c’est le calendrier. Selon Interbev, l’interprofession du bétail et des viandes, citée par Réussir La Chèvre en juillet 2026, 226 400 chevreaux ont été abattus en mars-avril 2026, sur 327 900 pour toute la campagne (septembre 2025 à avril 2026) : environ 70 % des volumes concentrés autour de Pâques. Or, comme le rappelle Gérard Chabauty, éleveur dans les Deux-Sèvres et président de la section caprine d’Interbev, les abattoirs ne peuvent pas être dimensionnés pour tourner un seul mois par an.

La viande de chevreau reste un produit méconnu en France, et une bonne partie part à l’export. La filière cherche donc à mieux étaler les ventes dans l’année et à faire redécouvrir cette viande tendre aux consommateurs français. Interbev encourage notamment l’engraissement des chevreaux à la ferme et a mis en ligne une carte interactive des abattoirs qui les accueillent, pour aider les éleveurs à trouver des débouchés plus proches de chez eux.


Ce qu’on retient

La France n’a pas le plus grand troupeau de chèvres d’Europe, mais elle en a fait le plus productif. Cette réussite repose sur des races laitières sélectionnées, des éleveurs très techniques, et un attachement unique à la fabrication fermière. Derrière chaque bûche ou chaque crottin, il y a l’une des 6 000 chèvreries du pays.

La prochaine fois que vous croiserez un plateau de fromages de chèvre, pensez aussi au chevreau : goûter cette viande de saison, c’est donner un coup de pouce à toute une filière qui cherche à valoriser chacun de ses animaux.

Sources

  • ANICAP (Association nationale interprofessionnelle caprine) — Chiffres clés et conjoncture 2025 (https://anicap.org/chiffres-cles), d'après FranceAgriMer et Circana
  • Réussir La Chèvre — « La France reste le premier producteur européen de lait de chèvre », janvier 2025, d'après Eurostat (https://www.reussir.fr/chevre/la-france-reste-le-premier-producteur-europeen-de-lait-de-chevre)
  • Pleinchamp — « Lait de chèvre : une collecte qui repart, des ventes en hausse et une 17ᵉ AOP pour la filière », 2026 (https://www.pleinchamp.com/actualite/lait-de-chevre-une-collecte-qui-repart-des-ventes-en-hausse-et-une-17-aop-pour-la-filiere)
  • Réussir La Chèvre — « Interbev s'inquiète de la concentration des abattages de chevreaux au printemps », juillet 2026 (https://www.reussir.fr/chevre/interbev-sinquiete-de-la-concentration-des-abattages-de-chevreaux-au-printemps)
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