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Élevage #lapin#cuniculture#élevage

Lapin : les éleveurs disparaissent plus vite que les clients

On mange de moins en moins de lapin en France, mais les éleveurs partent encore plus vite. Résultat inattendu en 2026 : la viande de lapin française vient parfois à manquer en rayon.

Lapin gris argenté aux grandes oreilles dressées, assis sur de la paille au pied d'une paroi en planches de bois dans un clapier, regardant droit vers l'objectif

Le lapin à la moutarde, le civet du dimanche… Ces plats de nos grands-parents se font plus rares sur les tables françaises. Pourtant, en 2026, la filière lapin vit une situation paradoxale : alors que la consommation baisse, la viande de lapin française vient parfois à manquer. La raison ? Les éleveurs partent encore plus vite que les clients.


Une viande qui a perdu sa place dans nos assiettes

Il y a vingt-cinq ans, le lapin faisait partie du quotidien de nombreux foyers. Selon FranceAgriMer, les Français consommaient près de 1 kg de viande de lapin par habitant en 2000, contre environ 400 grammes en 2022. La chute s’est poursuivie : d’après l’Itavi (l’institut technique des filières avicole et cunicole), la consommation est descendue à 300 grammes par habitant en 2024, soit 140 grammes de moins qu’en 2020.

Qui mange encore du lapin ?

Le lapin est surtout apprécié des seniors. FranceAgriMer indique que les plus de 65 ans représentaient 52 % des acheteurs de viande de lapin pour la maison en 2022. Selon l’Itavi, ils ont même acheté 81 % des volumes vendus en grande distribution en 2024. Les jeunes générations en achètent beaucoup moins.

En volume, la baisse est nette : les ménages français ont acheté 13 200 tonnes de lapin en 2024, et leurs achats ont reculé de 33 % entre 2020 et 2024, toujours selon l’Itavi. La seule année 2024 a vu la consommation des ménages baisser de 14,2 %.

Pour s’adapter, la filière mise sur des produits plus pratiques. Les morceaux (cuisses, râbles, « gigolettes ») progressent : ils représentaient 38 % des achats à domicile en 2022 selon FranceAgriMer, au détriment du lapin entier. Et la restauration hors domicile (cantines, restaurants) pèse désormais 36 % de la consommation, d’après l’Itavi. Le lapin entier, longtemps majoritaire, est passé sous la barre de la moitié des achats : 47,5 % en 2024.

Où achète-t-on son lapin ? Très majoritairement en grande surface : les hypermarchés, supermarchés et magasins de proximité concentraient 76 % des volumes achetés par les ménages en 2022, selon FranceAgriMer. Les marchés (7 %) et la vente directe à la ferme (3 %) restent minoritaires.


Une filière petite mais très organisée

La cuniculture (c’est le nom de l’élevage du lapin, du latin cuniculus) est une filière discrète, mais structurée. Voici ses principaux repères, selon la fiche filière de FranceAgriMer (édition 2024) :

IndicateurChiffreAnnée
Production de viande de lapin23 200 tonnes équivalent carcasse2022
Lapins abattus en France20,2 millions2022
Baisse de la production depuis 2000– 68 %2000-2020
Éleveurs membres d’un groupement90 %2022
Abattoirs significatifs (+ de 500 t/an)72022
Part du Grand-Ouest dans les abattages71 %2022

L’élevage est très concentré géographiquement : en 2020, les Pays de la Loire et la Bretagne réalisaient à eux seuls 49 % de la production nationale, et la Nouvelle-Aquitaine 15 %, selon FranceAgriMer. On retrouve là le grand bassin d’élevage de l’Ouest, déjà bien connu pour le porc breton ou le poulet.

Naisseurs et engraisseurs à la fois

Contrairement à d’autres élevages où les étapes sont réparties entre plusieurs fermes, la quasi-totalité des éleveurs de lapins sont à la fois naisseurs (ils font naître les lapereaux) et engraisseurs (ils les élèvent jusqu’à l’âge de l’abattage). Seul un quart des éleveurs professionnels sont spécialisés dans le lapin : les autres ont une autre production à côté, précise FranceAgriMer.

Les éleveurs sont regroupés au sein de 19 groupements de production. Face à la baisse de la consommation, ces organisations ont mis en place des outils pour protéger les prix payés aux éleveurs, comme des quotas ou l’indexation du prix d’achat des lapins sur le coût de l’alimentation animale. En aval, le marché de l’abattage est partagé entre deux grands opérateurs, ALPM et LDC.

Un savoir-faire reconnu dans le monde entier

La France a un atout méconnu : la génétique. Selon FranceAgriMer, les entreprises françaises de sélection approvisionnent 80 % du marché mondial en reproducteurs. Autrement dit, une grande partie des lapins élevés sur la planète descendent de lignées sélectionnées en France.

Côté conditions d’élevage, FranceAgriMer précise que l’élevage en cage représentait 90 % des systèmes. D’autres modèles existent (élevage au sol, bio avec accès plein air) et la filière s’est fixé l’objectif d’atteindre 30 % de logements alternatifs d’ici 2030, selon l’interprofession citée par L’Exploitant agricole de Saône-et-Loire. Les élevages ont aussi fortement réduit les antibiotiques : l’exposition des lapins a baissé de 54 % depuis 2011, selon la même source.


Le vrai défi : trouver la relève

Si la consommation recule, le nombre d’éleveurs recule encore plus vite. FranceAgriMer comptait 800 éleveurs professionnels dans son édition 2024. Ils ne sont plus qu’environ 600 aujourd’hui, selon les estimations relayées par Réussir en 2026. Le nombre d’élevages a chuté de 46 % en dix ans, et plus des deux tiers des éleveurs ont plus de 50 ans, rapporte L’Exploitant agricole de Saône-et-Loire (décembre 2025).

Pourquoi si peu de candidats ?

Plusieurs raisons expliquent cette difficulté :

  • Un métier exigeant : un élevage compte en moyenne 600 à 800 lapines reproductrices, qui demandent une surveillance quotidienne.
  • Des coûts élevés : l’alimentation des animaux reste la principale charge des éleveurs.
  • Des crises passées : la filière a traversé plusieurs épisodes sanitaires difficiles, comme l’entéropathie du lapin dans les années 1990 puis la maladie hémorragique virale en 2016 et 2018, rappelle FranceAgriMer.

Bonne nouvelle toutefois : depuis 2024, les revenus des éleveurs de lapins sont en légère hausse, selon L’Exploitant agricole de Saône-et-Loire. L’interprofession (le Clipp) a lancé un programme baptisé Relev-Lapin pour encourager les installations. Comme pour les éleveurs laitiers, la question de la transmission des fermes est devenue centrale.


2026 : quand l’offre ne suit plus la demande

Ce déséquilibre a fini par se voir en magasin. En 2025, la production française a reculé de 7 à 10 %, alors que la consommation n’a baissé que de 3 % selon FranceAgriMer, rapporte Réussir. En janvier 2026, la production était même en recul de 9 % par rapport à janvier 2025.

Conséquence : des stocks de viande « particulièrement bas » et des ruptures ponctuelles sur certaines références depuis le printemps 2026, explique Mathieu Loeul, responsable amont et commercial de l’entreprise Loeul et Piriot, interrogé par Réussir en mai 2026.

La France reste pourtant largement autosuffisante. Selon FranceAgriMer, elle a importé seulement 757 tonnes de viande de lapin en 2022 et exporté 3 700 tonnes, principalement vers l’Italie, la Belgique et l’Espagne. En 2025, la balance commerciale restait positive, avec un excédent d’environ 3 500 tonnes, selon Réussir.

La concurrence de la Chine

La Chine, premier producteur mondial de lapin, reste un concurrent à surveiller. En 2023, ses exportations vers la France avaient bondi de 65 %, avec un écart de prix d’environ 25 % en faveur du lapin chinois, selon Réussir (février 2024). Mais la tendance s’est inversée : en 2025, la France n’a importé que 476 tonnes de lapin chinois, soit 64 % de moins que l’année précédente, d’après les chiffres cités par Réussir en mai 2026.


Ce qu’on retient

Le lapin illustre un défi que partagent de nombreuses filières d’élevage : sans renouvellement des générations, même un marché en recul peut se retrouver en manque. La filière dispose pourtant de vrais atouts : une organisation solide, une génétique de renommée mondiale et des produits qui s’adaptent aux nouvelles façons de cuisiner.

À savoir : en choisissant des morceaux de lapin (cuisses, râbles) plutôt qu’un lapin entier, on gagne beaucoup de temps en cuisine. Une bonne façon de redécouvrir cette viande, et de soutenir les éleveurs du Grand-Ouest qui la produisent.

Sources

  • FranceAgriMer — Fiche filière Lapin, édition janvier 2024, d'après SSP, Kantar et douanes (https://www.franceagrimer.fr/sites/default/files/rdd/documents/20240118_FICHE_FILIERE_LAPIN_2024_2.pdf)
  • Réussir Les Marchés — « La consommation de lapin par habitant en France a baissé de 140 g depuis 2020 » selon l'Itavi (mai 2025) (https://www.reussir.fr/lesmarches/la-consommation-de-lapin-par-habitant-en-francea-baisse-de-140-g-depuis-2020-selon-litavi)
  • Réussir Les Marchés — Lapin : « Des tensions apparaissent sur certaines références » selon Mathieu Loeul (mai 2026) (https://www.reussir.fr/lesmarches/lapin-des-tensions-apparaissent-sur-certaines-references-selon-mathieu-loeul)
  • Réussir — Lapin : la restauration à la rescousse de la filière ? (février 2024) (https://www.reussir.fr/articles/lapin-la-restauration-la-rescousse-de-la-filiere)
  • L'Exploitant agricole de Saône-et-Loire — La filière lapins recrute ! (décembre 2025) (https://www.agri71.fr/articles/la-filiere-lapins-recrute-elevage-cunicole/)
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