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Saisons #saisons#ensilage#maïs fourrage

Ensilage de maïs : la course contre la montre des éleveurs

Chaque fin d'été, les éleveurs récoltent le maïs entier pour nourrir leurs vaches tout l'hiver. En 2026, sécheresse oblige, ce chantier a démarré avec parfois plus d'un mois d'avance.

Une ensileuse jaune remplit une remorque tirée par un tracteur au milieu d'un vaste champ de fourrage, sous un grand ciel bleu parsemé de nuages blancs

Dans les campagnes d’élevage, la fin de l’été a un bruit bien à elle : celui des ensileuses qui avalent des rangs entiers de maïs, suivies d’un ballet de remorques jusqu’à la ferme. En quelques jours, l’éleveur met à l’abri une bonne partie de ce que ses vaches mangeront jusqu’au printemps. Un chantier discret pour le grand public, mais décisif — et qui, en 2026, a pris tout le monde de vitesse.


Ensiler, c’est quoi exactement ?

Le maïs que l’on voit dans les champs n’a pas toujours le même destin. Une partie est récoltée à l’automne pour ses seuls grains secs (le maïs grain). L’autre, le maïs fourrage, est récoltée plus tôt et en entier : tiges, feuilles et épis sont hachés finement par une machine appelée ensileuse. C’est ce mélange haché qui deviendra l’ensilage, un aliment de base pour les vaches laitières et les bovins à l’engraissement.

Le principe de conservation est vieux comme la choucroute : la fermentation lactique. Le fourrage haché est déversé dans un silo (souvent un « silo couloir », une dalle de béton bordée de deux murs), puis tassé longuement par des tracteurs pour chasser l’air. On le recouvre ensuite d’une bâche étanche, maintenue par des pneus ou des boudins de sable. Privées d’oxygène, les bactéries lactiques transforment les sucres de la plante en acides, qui empêchent moisissures et pourritures de se développer. Résultat : un fourrage qui se garde des mois.

Et ce n’est pas figé une fois la bâche posée. Selon une étude d’ARVALIS, l’institut technique des grandes cultures, les produits de fermentation continuent d’augmenter de 5 % entre le 40e et le 68e jour : le fourrage « fermente encore après un mois sous la bâche ». L’institut suggère d’ailleurs d’ajuster les rations des animaux après deux ou trois mois de stockage, quand l’amidon du maïs est devenu plus facilement digestible.


Le bon jour, une question de matière sèche

Tout l’art de l’ensilage consiste à choisir le moment. Trop tôt, la plante est gorgée d’eau, se conserve mal et nourrit moins. Trop tard, elle est trop sèche, se tasse mal et devient moins digeste.

L’indicateur de référence, c’est le taux de matière sèche — la part de la plante qui n’est pas de l’eau. D’après ARVALIS, le stade optimal pour démarrer l’ensilage se situe autour de 32 % de matière sèche plante entière. Les rendements s’expriment d’ailleurs dans cette unité : en « tonnes de matière sèche par hectare » (t MS/ha), pour pouvoir comparer des récoltes plus ou moins humides.

En temps normal, rappelle La France Agricole, les ensilages de maïs se déroulent entre fin août et début octobre. C’est souvent une affaire collective : l’ensileuse, machine coûteuse, est fréquemment celle d’une entreprise de travaux agricoles ou d’une CUMA (coopérative d’utilisation de matériel), et les voisins viennent prêter main-forte avec leurs tracteurs et leurs remorques. Pour mieux comprendre la place de ce fourrage dans le quotidien d’une ferme laitière, on peut relire notre semaine type d’un éleveur laitier.


2026 : un calendrier bousculé par la sécheresse

Cette année, le calendrier habituel a volé en éclats. Dès le 27 juillet, ARVALIS prévenait que les récoltes de maïs fourrage « s’engagent franchement sur la première quinzaine d’août », et que des ensilages avaient déjà eu lieu dès début juillet dans les situations les plus touchées. L’institut évoquait une sécheresse installée depuis le printemps, amplifiée par trois épisodes de canicule, et recommandait de visiter chaque parcelle avant de décider d’ensiler.

La France Agricole a confirmé mi-août que l’ensilage avait débuté « avec parfois plus d’un mois d’avance ». Certains éleveurs ont même choisi d’ensiler du maïs initialement destiné à une récolte en grain, de peur de tout perdre si la sécheresse se prolongeait. Autre particularité : là où les épis se sont mal formés, la valeur alimentaire du fourrage repose presque entièrement sur la digestibilité des tiges et des feuilles.

Les chiffres officiels traduisent ce coup dur. Selon Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture (estimations au 1er août 2026) :

Maïs fourrage20252026Évolution
Surface—1 156 000 ha-3,3 %
Rendement13,0 t MS/ha9,8 t MS/ha-24,2 %
Production15,5 Mt11,4 Mt-26,7 %

La production 2026 se situe aussi 30,3 % sous la moyenne 2021-2025. Et les écarts entre régions sont énormes : Agreste estime la baisse de production à -52,4 % en Champagne-Ardenne, -52,1 % en Lorraine, -51,9 % en Franche-Comté et -47,1 % en Bourgogne, contre « seulement » -16,6 % en Bretagne et -17,7 % en Haute-Normandie, régions plus arrosées.

Sur le terrain, un sondage mené par Web-agri auprès de ses lecteurs éleveurs entre le 18 août et le 2 septembre (résultats indicatifs, non redressés) va dans le même sens : 65 % des répondants déclarent avoir récolté moins de 10 t MS/ha, et 32 % moins de 6 t MS/ha. En 2025, ils n’étaient que 7 % sous ce seuil de 6 tonnes. Ce tableau complète celui que nous dressions dans notre article sur les récoltes d’automne 2026.


Quand les silos sont moins pleins

Pour un éleveur, un silo moins rempli pose une question très concrète : comment nourrir le troupeau jusqu’au retour de l’herbe au printemps ? Plusieurs pistes coexistent : acheter du fourrage, valoriser davantage d’autres aliments, ou parfois réduire le nombre d’animaux.

La solidarité entre régions joue aussi. La France Agricole rapporte qu’une opération menée par la FDSEA de la Marne a permis d’acheminer environ 12 000 tonnes de paille depuis le 20 juillet 2026 vers des élevages du Doubs, de la Haute-Saône et du Jura. Une illustration du lien étroit entre céréaliers et éleveurs : la paille laissée après la moisson des uns devient une ressource précieuse pour les autres.

À savoir : l’ensilage n’est pas réservé au maïs. L’herbe des prairies peut elle aussi être ensilée au printemps, selon le même principe de fermentation à l’abri de l’air. Dans les deux cas, on retrouve le même duo en plein champ : une ensileuse qui hache et une remorque qui l’accompagne.


Ce qu’on retient

L’ensilage de maïs est l’un de ces rendez-vous saisonniers qui rythment la vie des fermes d’élevage : quelques jours de chantier intense pour sécuriser des mois d’alimentation. Tout repose sur un équilibre subtil — le bon taux de matière sèche, un tassage soigné, une bâche bien étanche — et sur une fermentation naturelle qui se poursuit bien après la récolte.

En 2026, cette routine a été bousculée par un été hors normes, avec des chantiers avancés parfois de plus d’un mois et une production nationale en recul de plus d’un quart selon Agreste. De quoi rappeler que derrière chaque verre de lait, dont nous racontons le voyage de la vache à votre verre, il y a un calendrier agricole suspendu à la météo.

Sources

  • Agreste (ministère de l'Agriculture) — Infos Rapides Grandes cultures n° 2026-98, estimations au 1er août 2026, via Transformation laitière (https://www.transformation-laitiere.fr/mais-fourrage-recolte-2026-agreste/)
  • ARVALIS — Maïs fourrage : premières estimations des dates de récolte pour 2026, 27 juillet 2026 (https://www.arvalis.fr/infos-techniques/mais-fourrage-premieres-estimations-des-dates-de-recolte-pour-2026)
  • ARVALIS — Sous la bâche, le fourrage évolue dans le temps (https://www.arvalis.fr/infos-techniques/sous-la-bache-le-fourrage-evolue-dans-le-temps)
  • La France Agricole — L'ensilage de maïs a débuté avec parfois plus d'un mois d'avance, 14 août 2026 (https://www.lafranceagricole.fr/prairies-et-fourrages/article/902247/l-ensilage-de-mais-a-debute-avec-parfois-plus-d-un-mois-d-avance)
  • Web-agri — Maïs fourrage 2026 : 65 % des éleveurs sous les 10 t MS/ha, 11 septembre 2026 (https://www.web-agri.fr/ensiler/article/903333/65-des-eleveurs-ont-recolte-moins-de-10-t-ms-ha-de-mais-fourrage)
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